• Voici une histoire que j'ai écrite il y a trois mois. Donnez votre avis !


    EMELINE


    Chapitre 1

    - Emeline, il est l'heure de se lever !
    C'est avec difficulté que j'ouvre les yeux. Mon regard se pose tout d'abord sur les rideaux bleus foncé de ma chambre qui filtrent la lumière du jour, puis sur mon réveil qui, posé sur ma table de chevet, affiche les nombres suivants  : 7h15. Après m'être rapidement habillé et coiffé, je descends quatre à quatre les marches de l'escalier.
    Dans la cuisine, une forte odeur de café m'accueille, qui couvre celle, plus parfumée, du jus d'orange posé sur la table. Vêtue de son habituelle robe de chambre qui ressemble à un peignoir, ma mère m'attend, les bras croisés.
    - Ah, ce n'est pas trop tôt  ! râle-t-elle en me voyant arriver. Tu aurais pu te dépêcher  ! A cause de toi, je vais être en retard  ! Assieds-toi et mange  !
    J'obéis et ne répond rien. C'est sa façon à elle, ma mère, de me dire bonjour. J'ai juste le temps d'avaler mon jus et de dévorer une biscotte beurée.
    La voiture part quelques minutes plus tard, en route vers mon collège.
    Ma mère me dépose et repart, laissant derrière elle un nuage de pollution en guise d'au revoir. Lorsque je me retourne, la grille fermée de mon établissement m'accueille. Lorsque j'arrive, le collège est encore fermé. Toujours. Alors, je lis et, plongée dans un univers qui n'est pas le mien, j'essaie d'oublier les difficultés de la vie.


    Chapitre 2

    Je m'appelle Emeline, j'ai treize ans et j'ai été adoptée. Mes vrais parents m'ont abandonné, si j'en crois les dires de mes parents adoptifs. Ces derniers sont assez durs et exigeants avec moi.
    Marie, ma mère adoptive, est très sèche et ne témoigne jamais aucun signe d'affection à mon égard. Jamais. Parce que, pour elle, c'est une faiblesse. Il en va de même pour mon père adoptif, Patrick.
    Au collège, je suis très bonne en sport et en maths, mais mes résultats sont moins satisfaisants en français. Je n'arrive pas à comprendre l'utilité de la grammaire, de l'orthographe et de la conjugaison. Mais ce n'est pas cela, mon véritable problème.
    Je n'ai pas d'ami. Personne, apparemment, ne daigne parler à quelqu'un tel que moi. Pire encore  : certaines pestes me mènent la vie dure. Très dure.
    En sortant du collège, elles commencent à m'embêter. Je fais signe de ne pas les entendre.
    - Oh, Ememoche  ! me crie l'une d'entre elles, une prénommée Linda.
    Ce surnom me fait craquer. Je me retourne.
    - Alors, Miss Parfaite avait oublié sa laideur  ? Mais c'est mignon, raille une autre.
    - Arrêtez  ! je leur crie.
    - Ah oui  ? Parce que tu crois que c'est en gémissant que tu vas obtenir ce que tu veux  ? Tu es laide, idiote et paumée, voilà ce que tu es  !
    Elles se mettent toutes à m'insulter. Je repars en courant, mais, dans ma tête, leurs phrases continuent à résonner. Et à chacune d'entre elles, mon cœur se prend un coup. Violent.

    Arrivée chez moi, je m'enferme dans ma chambre. Lorsque j'en ressort, c'est pour aller manger. A table, mes parents me demandent quelle note ai-je eu à mon contrôle surprise de français.
    Cette question me laisse sans voix. J'avais totalement oublié que la professeure nous l'avait rendu aujourd'hui. Mon cœur s'arrête de battre lorsque je me souviens du 0/20, noté en rouge sur ma copie. Mes parents ne tardent pas à la trouver. Et c'est le feu d'artifice.
    Leurs cris fusent, de part et d'autre, mais je ne les entends pas. Très faiblement dans ma tête, la voix de mon père s'élève.
    - Tu es la plus incapable des idiotes  ! Tu déshonores notre famille  !
    C'est alors qu'une boule se forme dans ma gorge. Une boule de larmes et de fureur. Une boule qui va éclater. Alors, comme dans un rêve, je me lève et m'enfuis par la porte d'entrée.
    Je cours, cours sans m'arrêter. J'ai l'impression que mes poumons vont exploser. Je m'arrête enfin au sommet d'une colline, pour reprendre mon souffle.
    Des sanglots incontrôlables me secouent, que je ne cherche pas à contrôler. Des larmes salées roulent sur mes joues, que je ne cherche pas à essuyer.
    La paix, c'est tout ce que je veux. La paix.


    Chapitre 3

    La nuit s'écoule comme l'eau claire d'un ruisseau. Je n'ai pas concience du temps ni ce qui m'a poussé à m'enfuir. J'ignore encore plus si j'ai envie de revenir, à présent. Je préfère ne pas savoir. Fermer les yeux. Et, tout en pleurant, oublier. Comme si des larmes pouvaient me faire obtenir l'oubli.
    Lorsque j'ouvre les yeux, le soleil est déjà haut dans le ciel. Sans m'en rendre compte, je me suis endormie. Je me relève, époussette mon jean couvert de terre et regarde autour de moi.
    Je suis toujours au sommet de la colline, mais une immense forêt l'entoure. Des arbres, de part et d'autre. Des arbres qui m'entourent, partout.
    Je ne reconnais pas bien le paysage. La forêt à côté de chez moi est celle qui m'enveloppe à présent, mais je n'ai pas le souvenir de m'être enfoncée aussi profondément dans les bois. Et j'ignore totalement comment j'ai fais pour y arriver. J'ai dû courir pendant longtemps.
    C'est alors qu'un sentiment que je ne côtoie quasiment jamais me remonte dans la gorge, puis dans la bouche. Il a un goût désagréable.
    La panique. Je ne sais pas comment rentrer. C'est alors que je me rends compte de la réalité.
    Je suis perdue.


    Chapitre 4

    Le calme revient soudain, apportant autant de clarté qu'un rayon de soleil dans un monde ténébreux. Je ne dois surtout pas me laisser aller à la panique. Je peux pas me le permettre. Pas maintenant. Je regarde autour de moi, même si je n'ai aucun espoir.
    Il est étonnant de voir comment les miracles peuvent survenir dans des moments désespérés. Ce miracle-là se montre de façon particulière, et je pense que ce miracle merveilleux a changé ma vie.
    Au loin, la fumée acre d'un feu s'élève. Poussant un cri de joie, je me précipite. Quelqu'un est là-bas. Quelqu'un va me sauver. Ou, au moins, m'aider.
    Lorsque j'arrive, je vois deux grandes tentes en toiles dressées autour du feu, qui, au loin, m'a attiré. Une grande adolescente est assise à côté des flammes brûlantes. Elle a aux environ de dix-huit ans. Un rideau de cheveux noirs cachent un joli visage aux traits réguliers, illuminé par des yeux sombres et pétillants.Lorsqu'elle m'entend arriver, elle ne se retourne pas.
    - C'est toi, Lysiana ? Tu n'as pas beaucoup dormi, comparé à d'habitude. Viens, j'ai préparé des saucisses. Lysiana ? Tu m'écoutes ?
    Elle se retourne. Le cri qu'elle s'apprête à pousser se pert dans sa gorge en un gargouillement indistinct. Ses yeux m'inspectent rapidement mais efficacement. Lorsqu'elle a finit de m'examiner, elle me demande enfin :
    - Qui es-tu ? Que veux-tu ?
    J'essaie de répondre clairement, mais ma réponse se transforme en un bégaiement :
    - Je... je m'appelle Emeline Jouveau et je... je me suis perdue...
    Elle ne répond rien mais je sais que, dans sa tête, des miliers de questions fusent, comme des feux d'artifice. Il me suffit d'un regard pour m'en assurer, je décide de répondre à l'une d'entre elles :
    - Je... j'habite de l'autre côté de la forêt et je... je me suis enfuie.
    - Tu as fugué ?
    Cette question jaillit, plus rapide que les autres. C'est avec franchise que je réponds :
    - Oui.
    Elle ne m'interroge pas plus et se présente à son tour :
    - Moi, c'est Laureena. Mon histoire est un peu longue à expliquer, je te la raconterais tout à l'heure. Sinon, j'ai un frère de quinze ans, Liam et une sœur de treize ans, Lysiana. Je crois que, toi aussi, tu a beaucoup de choses à raconter. Je suis prête à t'écouter. Tu peux venir, tu sais.
    Je m'avance et m'assieds. Et, aussi sûr que j'ai beaucoup de choses à raconter, je vais vivre beaucoup d'aventures...Alors, dans mon cœur, un nouveau sentiment fleurit. L'espoir.


    Chapitre 5

    Les Alvarez étaient un couple bohémien mais c'était avant tout un couple heureux. De leur union naquit trois enfants : Laureena, Liam et Lysianna. Trois adorables enfants qui vinrent combler leur existence parfaite. Mais toute chose à une fin. Leur perpétuelle joie ne fit pas exeption à la règle.
    Un sombre jour où leurs enfants étaient trop petits pour l'avoir gravé dans leurs mémoires, un accident de train vint mettre fin à la vie du couple. Leurs trois progénitures se virent obligé d'élurent résidence dans un orphelinat où règles, sanctions et sévérité régnait.
    Or, Laureena, Liam et Lysianna étaient aussi libres que le vent et pour vivre, ils avaient besoin de respirer l'indépendance, ce qui était impossible dans leur orphelinat. Ce fut lorsque Laureena avait treize ans qu'ils réalisèrent leur rêve. Une nuit, ils s'enfuirent de l'orphelinat pour toujours et démarrèrent une nouvelle existence, très différente.
    Dans la forêt, leur sang bohémien leur avait sauvé la vie à bien des reprises. Lorsqu'ils réussirent à se procurer chevaux et tentes, tout devint nettement plus facile.Vie laissa place à survie, et, même si au départ leur nouveau mode d'existence fut rude, ils l'intégrèrent rapidement. Unis dans leur désir de parcourir le monde, les trois enfants avaient voyagé. Voyage coloré aux fabuleuses rencontres, aussi rares qu'éphémères.


    Chapitre 6

    - Voilà, tu sais tout, achève Laureena.
    Un immense sourire barre son visage, un sourire encore plus lumineux que le soleil matinal qui nous éclaire.
    Comment a-t-elle put raconter son incroyable vie en quelques minutes ? C'est un exploit digne de figurer dans le livre des Records, à mon avis. Ma vie à moi me paraît soudain ridiculement dérisoire à côté de la sienne. Je rougis en pensant à ce qu'elle va penser de moi si elle apprend pourquoi j'ai fugué. Mes raisons sont à présent aussi futiles que la brise qui me caresse la joue.Ridicule. Pourtant, l'heure fatale arrive inévitablement.
    - Trêves d'égocentrisme. Parle-moi de toi, maintenant.
    Je prends une profonde inspiration, puis je me lance. Au fur et à mesure que je parle, c'est comme une barrière qui se libère enfin, une barrière qui m'a opprimé depuis trop longtemps. Barrière qui cède à l'instant le plus imprévu de ma vie.
    Les yeux ambrés de Laureena ne me lâchent pas. Elle écoute sans souffler mot. C'est seulement lorsque je termine mon récit qu'elle dit enfin :
    - Tu nous ressemble beaucoup, Emeline. Fuir l'injustice, c'est quelque chose que peu de personnes réalisent, et nous en faisons partie. Sais-tu ce que cela signifie ?
    Je n'en ai pas l'ombre d'une idée. Ma tête se secoue en signe de dénégation.
    - Bienvenue parmi nous, Emeline. Si tu le souhaites, tu peux te joindre à nous. Ensembles, nous découvrirons le monde. Cela te convient ?
    C'est sans la moindre hésitation que je réponds.
    - Oui !


    15 commentaires



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires