• Alice vu par le Lapin Blanc

    Voici 770 mots narrant Alice au Pays des Merveilles du point de vu du Lapin Blanc ^^

    Le temps qui passe qui fuit entre mes doigts, mouvance sablonneuse, sablier invisible, invincible et
    Pire ennemi d'un lapin blanc.
    Je suis ce lapin blanc, courir, c'est mon seul mot mon seul refrain.
    Et je me souviens encore de cette fois où je l'ai rencontré.
    Elle s'appelait Alice et était blonde. A part ça, rien de fantastique, enfin, si. Elle s'ennuyait rapidement et ce jour-là n'avait pas fait exception.
    Assise à l'ombre d'un hêtre, elle écoutait maussadement la lecture que lui faisais sa grande sœur Elizabeth - mais quand comprendrait-elle enfin que ce qu'elle lui contait ne dépassait pas l'intérêt de sa dernière paire de collants ?
    Encore une de ces histoires ennuyeuses qu'on entend mille fois dans sa vie, l'histoire d'une pauvre jeune fille qui, par un coup de baguette magique, se transforme en magnifique princesse.
    Encore une de ces histoires débiles, imbéciles. Qu'on a envie de réécrire pour lui donner une fin monstrueuse, quoi, nous, sadiques ? Non, simplement réaliste.
    C'était ce qui trottait dans sa tête quand soudain
    Elle sursauta. Était-ce le pompon frétillant d'un lapin ?
    Bien qu'il y en avait des centaines dans le parc, elle se leva et me dévisagea. J'étais en retard ce jour-là et bien décidé à ne pas connaître le même sort que le crapaud - en même temps, quelle folie de manger le gâteau de cette sorcière.
    Diantre, et si elle m'entendait la traiter de la sorte ? Je déglutis difficilement et poursuivit mon chemin de petits bonds désorientés, affolés, ma veste en velours bleu tombant de mes petites épaules.
    Une veste en velours bleu. Ce devait être la première fois qu'Alice en voyait, au vu de la tête qu'elle faisait.
    Bouche bée.
    Pas le temps de se préoccuper d'elle. Le temps presse, presse !
    Bondissement de part et d'autre, petits glapissements. Je vais être en retard, je vais être en retard.
    Je vais être en retard !
    Même litanie murmurée, essoufflée, criée, qui fait l'impact d'un coup de poing.
    Et même regard ébahi qui me suit, non, me poursuit !
    Alice courait après moi, sans se soucier de la conteuse qui s'était elle-même endormie au passage où le prince rendait la chaussure que sa bien-aimée avait perdu - car, même si elle se taisait, Elizabeth trouvait ce conte vulgairement barbant et l'avait tellement lu qu'elle pouvait le réciter les yeux fermés les mains dans le dos en faisant le poirier.
    Enfin, peut-être pas.
    Mais bref.
    Un petit bond dans ce que l'on appelle le Passage, ce trou de lapin qui conduit aux portes de mon monde.
    Le Pays des merveilles.
    Vite, vite, le temps me hâte, me hait ou m'adore, s'accroche désespérément à moi et glisse
    Glisse sur mes poils clairs et propres.
    Je lui tend la main mais je le sens partir, aspiré, volonté ou volontaire, cause ou conséquence ?
    J'interrogerais le Chapelier, je pense qu'il aura plus de temps pour méditer là-dessus.
    Vite, vite, à travers plaines et monts, forêts et rivières.
    J'ai semé Alice et une pensée écœurante me traverse.
    Elle a du se perdre et n'a aucune chance de rester en un seul morceau.
    Je croise les pattes pour elle et m'arrête, à bout de souffle.
    Je sors une montre à gousset de ma poche et la consulte. J'ai encore un peu de temps devant moi, autant passer leur rendre visite.
    Le Chapelier est déjà là. Il m'attend. Il sait tout sur tout et, sans lui avoir dit, je l'admire.
    — Hé bien, Lapin, quelles sont les nouvelles ?
    — Alice est arrivée.
    Le Chapelier sourit. Cela fait longtemps qu'il l'attend, elle.
    Il sait tout sur tout, et il sait même quand elle va venir.
    Cela ne l'empêche pas d'afficher un large sourire.
    — C'est bien.
    Il ne dit plus rien - il n'y a plus rien à dire. Et ça aussi, il le sait.
    Nous attendons. Je me suis dépêché pour attendre et je ne lui cache pas que je regrettes un peu.
    - Il faut qu'elle arrive bientôt, j'ai une commission importante pour.... Tu sais qui.
    Il approuve d'un hochement de tête et soudain se relève.
    Une petite fille blonde vient d'apparaître au détour d'un chemin.
    — Ah, Alice ! s'exclame le Chapelier. Viens, assieds-toi, n'ai crainte.
    Alice s'assoit, mi-méfiante, mi-amusée - oui, cela se peut.
    — Tiens, prends un peu de thé.
    Elle boit dans la tasse qu'on lui sert. Bon signe.
    — Ça manque de sucre.
    C'est tout ce qu'elle dit. Elle touille avec une petite cuillère le fond de son thé.
    Elle regarde ses petites chaussures noires et paraît intimidée.
    La Alice tant attendue n'était pas censée être comme ça.


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  • Commentaires

    1
    Mercredi 11 Mai 2016 à 22:16

    Wow... Ta description d'Alice, ton approche du Lapin est très surprenante ! Drôle, aussi ^^ 

      • Mercredi 1er Février à 08:22

        Merci (avec quasiment 1 an de retard!)

    2
    Mardi 31 Janvier à 13:50
    C'est marrant cette vision de l'univers d'Alice, je n'aurais jamais imaginé le Lapin Blanc ainsi (je veux dire, pour quelqu'un de pressé, on le voit ici sacrément introspectif, du coup y a pas mal de décalage avec l'œuvre). Cela dit, je t'avoue n'être pas une spécialiste de ce personnage (ni d'aucun autre par ailleurs : je suis plutôt une adepte du langage et de l'univers que de la substance intime des personnages, si substance intime il y a).
    Bon, et il y a aussi le fait qu'on a l'impression que tu te bases plus sur le film de Tim Burton que sur le livre, et que l'absurde n'est plus au rendez-vous, mais je suis peut-être un peu trop pointilleuse. La chute est chouette, quoiqu'il en soit. =)
      • Mercredi 1er Février à 08:21

        "tu te bases plus sur le film de Tim Burton que sur le livre" Bien vu ^^ ! J'ai écrit ce texte juste après avoir vu le film... Je n'ai pas lu le livre (quand j'étais petite, c'était plutôt des versions courtes qu'on me lisait), je me suis donc basée sur mes impressions du film + mes souvenirs d'enfance ce qui rend sans doute ce texte si particulier ^^.
        Merci du commentaire :)

      • Mercredi 1er Février à 16:25

        Aaaaah ! Lis la vraie version (en langue originale si tu es bilingue, la traduction d'Henri Parisot sinon !), tu verras que le film n'arrive pas à le cheville de l'oeuvre :') (ça dénature un peu les personnages, et ce d'autant plus que le film part un peu en quête contre le mal avec une élue et tout le bordel, ce qui n'a aucun rapport avec le principe)

        [En relisant le texte, je me suis aperçue, aussi, que je n'avais pas relevé le fait que tu vas tout le temps à la ligne : y a certainement pas besoin de le faire si souvent ;)]

      • Vendredi 3 Février à 12:32

        D'accord, je note ;)

        En effet, je reviens vraiment très très souvent à la ligne pour donner un "effet" de rapidité (je sais pas comment expliquer xD) mais en gros c'est voulu.

      • Vendredi 3 Février à 16:14
        Si tu veux jouer sur la rapidité, c'est loupé - les introspections sont en total décalage et donnent justement l'impression que le Lapin divague, donc qu'il n'est pas dans l'action, et que c'est juste pour remplir le texte, étant donné que ce qu'il pense ne sert pas le texte : je ne sais pas si je suis très claire non plus. Peut-être qu'il vaudrait mieux centrer sur l'action ?
        Le fait d'aller à la ligne aussi souvent réduit l'impact de la chose : on dirait juste que tu le fais aléatoirement, et du coup, ben... Ça n'a plus de valeur (bon, et comme c'est ce que font en général les débutants, ça conote ton texte, ce qui est pakoul). Si tu veux un effet saccadé qui rende bien (dont on sentirait au moins qu'il est volontaire), joue sur la ponctuation plutôt. ;) Contrairement à ce que l'on croit, faire des longues phrases ne donne pas nécessairement une impression de lenteur !
      • Harmonie
        Vendredi 3 Février à 17:23
        Ah euh merci pour cette constructivité xD À vrai dire ce texte commence vraiment à dater.
        À l'époque, je l'avais écrit pour 6pages (il me semble que c'est ça le nom, j'ai un doute... ^^'), le principe c'était d'écrire un certain nombre de mots chaque jour et de tenir le plus de jours possibles cette "chaîne". Et comme je manquais parfois de temps j'écrivais tout ce qui me passait par la tête, d'où les passages inutiles et parfois confus :D
        J'aurais pu les enlever au moment de publier mais je préfère toujours le premier jet...
        De plus, j'aimais bien imiter à l'époque le style de Calliope (une autre bloggueuse (d'ailleurs si elle passe par là ce qui est fort improbable je lui dis bonjour)) qui était les retours à la ligne, presque à l'excès.
        Et puis ce texte était l'affaire d'un quart d'heure sans prise de tête et pour me vider l'esprit, et non un texte sérieux lu et relu :3
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