• Il nous restera ça

    Il nous restera ça.
    Une larme qui roule. Un tout petit soupir dans un coin.
    – Dis, Maman, pourquoi on grandit ?
    Le temps n’arrête pas les surnoms affectueux. Ce petit « maman », prononcé dans le vide, en est la preuve.
    Il tombe dans l’oubli, résonne dans le noir. Maman. Depuis quand ne l’a-t-on pas dit ? Depuis quand ces cinq lettres créent un fossé dans son cœur ?
    Depuis quand l’a-t-on enterré ? On a oublié.
    Il nous restera ça, enfoui au fond de nous. Une mère qu’on adorait quand on avait cinq ans, qu’on détestait quand on en avait quinze. Une mère dont on donnerait tout l’or du monde pour lui parler, maintenant qu’on a passé un stade. Celui du deuil.
    – Pourquoi le temps passe-t-il aussi vite ?
    Ces questions restent sans réponse. Même le temps ne peut pas y répondre. Peut-être que lui-même ne veut pas passer aussi vite.
    Et si ça lui manquait, à lui aussi, cette époque où on pleurait pour un rien, un crayon cassé, un jouet coincé sous un meuble ? Maintenant on sourit alors que tout va mal. On sourit pour oublier. Oublier quoi ? S’oublier soi ? Ses défauts, ses trahisons, ou sa vie entière ?
    Il nous restera ça, des questions jetées dans tout les sens.
    – J’entends un rire.
    C’est l’écho des âges qui remonte à la surface. La tempête de souvenirs qui projette à terre. Blesse.
    Est-ce un rire de bébé, grêle, naïf ? Un rire en tornade d’un adolescent ? Un rire nerveux d’un adulte ? Un rire chevrotant d’une personne âgée ?
    C’est tout cela à la fois. Le matin, le midi et le soir. Enfin réunis.
    Il nous restera ça, un concerto de rires en guise de cadeau. De compagnie.
    – Vous me manquez.
    Manque. Est-ce le mot ? Non, bien sûr. Ce n’est pas une question de manque mais un trou béant, noir, qui avale tout pour ne laisser qu’une profonde tristesse. Nostalgie, nostalgie.
    Ce n’est pas seulement des visages qu’on a envie de revoir, mais des instants qu’on voudrait revivre. A présent réduits en cendres, qu’on appelle souvenirs.
    Des éclats de sa propre vie qui reviennent au mauvais moment. La mémoire qui a si longtemps flanché à des passages décisifs comme les examens, pour se pointer brusquement, sans frapper.
    Il nous restera ça. Tout ce que la vie nous a laissé.
    Une larme qui roule.
    Un dernier souffle.
    Et puis silence à tout jamais.


  • Commentaires

    1
    Samedi 19 Mars 2016 à 22:32

    Bonsoir,

    un très beau texte, touchant, qui fait remonter des souvenirs, des pensées, oui qui fait remonter tant de choses qui sont enfouies au fond de moi. Ce texte m'a beaucoup touché!

    bien amicalement

    claude smile

      • Dimanche 20 Mars 2016 à 20:02

        Merci beaucoup !

    2
    Dimanche 20 Mars 2016 à 16:23

    Salut, mon commentaire ne va as être très constructif mais je veux tout de même que tu le saches : j'ai adoré ton texte, il suinte de vérité et de beauté. Tu as du talent 

      • Dimanche 20 Mars 2016 à 20:02

        Même si ton com' n'est pas constructif, il m'a réchauffé le cœur. Merci ^^

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